Les véritables barbares sont ceux qui fabriquent la haine
L’assassinat de Hichem Miraoui, tunisien, abattu de cinq balles le 31 mai 2025 à l’âge de 45 ans, n’est pas un fait divers. C’est l’aboutissement d’un long processus de stigmatisation des musulmans et des étrangers. La conséquence directe d’un climat de haine construit patiemment, par des discours, des lois, des pratiques.
À force de désigner les musulmans comme une menace, les étrangers comme un problème, les femmes voilées comme une provocation, on légitime ce passage à l’acte. Faudra-t-il attendre le retour des ratonnades pour s’en alarmer ?
Le durcissement des politiques islamophobes et migratoires repose sur la fabrication constante d’un ennemi intérieur. Et lorsque l’État se déclare impuissant face à un danger qu’il contribue lui-même à construire, des citoyens s’autorisent à agir. À tuer, convaincus d’œuvrer pour le bien commun.
Le meurtrier de Hichem, comme celui d’Aboubakar, s’inscrit dans une continuité. Celle d’un climat politique où l’étranger est perçu comme une menace, où l’on soupçonne les origines, surveille les quartiers, cible les accents. Un climat où le racisme justifie l’expulsion, le contrôle, la suspicion, mais aussi la violence physique. Ce système politique transforme des figures fantasmées du danger — migrant, musulman, arabe, noir — en cibles légitimes. Et la violence d’État ouvre la voie aux crimes de haine.
Les slogans comme « À bas le voile », les accusations d’« entrisme » à l’encontre des musulmans, la traque d’influences dites « étrangères », ou encore des discours sur des étrangers qui « profiteraient du système » : tout cela compose un récit politique. Un récit où l’on classe, soupçonne, isolé. Où l’existence même de certains devient un problème à gérer, un fardeau à contenir. Cette narration légitime le rejet, justifie les contrôles, alimente la haine.
Ce récit se transforme en politique et cette politique produit des morts.
Nous refusons que ces morts soient oubliés et ces crimes banalisés. Il faut mettre un terme à cette mécanique. Nommer les causes. Dénoncer les responsables. Et construire dans l’urgence, un véritable front antiraciste.

